2026-09-30_
Quelle période douloureuse et curieuse. rien de très grave. mais ça me plonge dans un état. Il s'est passé de quoi de somme toute assez bénin, mais qui a ouvert des blessures profondes. Elles m'étonnent moi-même, je me demande si ça vient pas carrément de bagages collectés par mes parents, mes grands-parents, ou plus vieux. Tsé, cette mémoire traumatique qui se passerait de génération en génération.
Il y a 4 ans-ish, j'étais au grand laboratoire, l'émission de télé avec jean-rené dufort avec 100 cobayes. Yavait un autre cobaye, Joey, qui me racontait qu'une des choses qu'il aimait le plus au monde, c'était de se retrouver dans un concert de musique, et de faire partie d'une foule. Son égo disparaîssait, il ne formait qu'un avec la masse, avec la musique, avec la vibe.
Un peu le genre de chose qu'on peut aussi ressentir lorsqu'un prend part à une manifestation. Il y a une espèce de sublimation de l'égo au profit de la masse.
Ben j'ai jamais vécu ça. Je suis allée à plein de concerts, une couple de manifs, j'ai jamais ressenti ça. Depuis toujours je ne sais qu'être satellitaire, ou bien centre d'attention. Je papillonne d'un groupe à l'autre sans jamais sentir un réel attachement. Je ne suis groundée à rien, ce qui fait que je me sens chez moi nulle part, sauf quand je suis seule.
Et si je ressens un semblant d'appartenance à un groupe, la vie me rappelle que c'est impossible. C'est pas pour rien que la première carte de mon jeu de tarot-taxi, c'est "le groupe". C'est un grand sujet de conflit chez moi. Football-Fantaisie porte en partie là-dessus.
Mon égo est trop gros, trop fort. Quand je me retrouve dans un groupe, comme instinctivement je me singularise, par réflexe j'évite de me fondre dans la masse, et c'est pas volontaire; c'est une incapacité, un handicap. Et c'est un gros complexe.
Quand j'ai fait du LSD avec mon chum, une couple d'années avant le covid, une des choses qui m'a le plus atristée, c'était que lui, il avait juste à regarder n'importe quoi et il se mettait à voir des formes qui bougent. Chez moi, c'était pas instantané; ça demandait une espèce d'effort. Je n'avais pas le laisser-aller facile; il fallait comme que j'arrive à lâcher les rennes, et même là c'était difficile; trop gros égo, trop grand contrôle, trop de singularité.
Pis pendant le covid, j'écoutais je me souviens plus quel album de Nine Inch Nails, dans lequel revenait périodiquement le "where you belong", comme quelque chose d'important, comme s'il était fondamental de savoir à quoi on appartenait et qu'il fallait y revenir. Je me souviens m'être troublée à me dire "mais goddamn, si j'appartiens à rien?? Je fais quoi, Trent??"...
En soit, il n'y a rien de mal à être loner, à n'appartenir à rien. Je ne manque pas d'amis. Il y a plein de gens qui pourraient être des confidents, avec qui je me sens bien, je suis très très gâtée de ce côté-là. Limite, j'aime même mieux pouvoir toucher à tout, plus superficiellement, que d'être exclusive et profonde. J'ai toujours préféré la quantité à la qualité, donc en soi c'est pas un problème.
Mais il y a toujours cette dimension de la vie que je ne connais pas, celle d'appartenir à un groupe, de dissolution de l'égo, qui me fait me sentir comme s'il me manquait une énorme pièce de casse-tête pour comprendre la vie. En gros je me sens stupide, égoïste et seule.
En plus, on est en campagne électorale, la plus déprimante de tous les temps, où là on nous demande: "à quel groupe aimerais-tu te rallier?" Le clou est encore plus cogné, et ça me met dans un état de profonde tristesse.
Mais c'est une tristesse si existentielle, si difficilement explicable qu'elle me met dans un état de... comment dire... d'ouverture de l'esprit?? D'antenne qui pousse. Il me vient des images, il me vient des sons en tête, j'ai comme l'urgence d'exprimer cette détresse, et toutes les images qui apparaissent en moi, je me pose pas de question et je les dessine. Je marchais ya deux jours près de l'atelier et il m'est même venu une mélodie au hautbois. J'ai entendu une mélodie d'un hautbois solo, une mélodie tonale, majeure et triste, avec des beaux silences, puis un accompagnements subtil de l'orchestre, mené par des violoncelles. Ça faisait des années que j'avais pas eu des "hallucinations" de compositions musicales aussi claires. j'ai malheureusement rien noté.
J'ai pris le parti de rentre hommage à ces hallucinations, du moins celles qui se dessinent. J'ai pris une pause de mon film (anyway j'avais mal au bras), et j'ai juste dessiné loussement ce qui me venait en tête, ces illustrations de ma tristesse, sans me demander si ça valait la peine ou pas, s'il fallait le faire ou pas.
Parce que j'ai entendu dans un passé proche la remarque "le monde a besoin de feel-good movies", et autres remarques semblables. Selon cette façon de penser, les artistes auraient un devoir de faire de l'art en fonction de ce que la population a besoin. On vit dans une époque dark, donc on a besoin d'espoir, etc. Comme si l'art était une prescription, comme s'il avait un but raisonnable, celui de "faire le bien".
Mais l'art, comme le langage, est une plante sauvage qui répond à des lois qu'on ne comprend pas et qu'on ne comprendra jamais. Pour moi, il est plus de l'ordre de la digestion que de la prescription. Je fais de l'art pour me garder en santé, parce que si je ne sors pas ces hallucinations, si je n'exprime rien, je ne dors plus. Les hallucinations ne sont pas volontaires, elles sont incontrôlées; je ne commande pas les flashs de scènes et de sons qui me viennent en tête lorsque je prends ma douche ou que je prends le métro. Ce sont des choses qui arrivent lorsque l'antenne est bien sortie de ma tête. Souvent à 3h du matin.
Ma perspective c'est que la job de l'artiste n'est pas de donner au monde ce dont il a besoin; c'est juste de libérer ce que son antenne capte.
Je me pose quand même la question à savoir comment les gens vont réagir à mes notes de blog dark, mais en même temps, quelle importance. Je ne cherche pas à aller mieux, au contraire je cultive l'état, parce que je suis à la recherche de quelque chose. Je creuse pour trouver une vérité.
Puis il s'est passé plein d'événements fortuits pour me réconforter, mais me montrer que je restais effectivement satellitaire. Je suis tombée par hasard sur Patrick Bouchard et Janice Nadeau qui sortaient de la cinémathèque avec An Thu Nguyen , un animateur allemand dont j'avais vu le film à anim sur le lac, et qui m'avait fait triper. Tombée sur eux par hasard lors d'une errance, une soirée de congé de maman, je vais prendre un verre avec eux... en marchant vers l'île noire, il y a un gars random dans la rue qui me dit "zviane? j'aime beaucoup ce que tu fais!" - chose qui ne m'étais pas arrivée depuis des année... j'ai passé un bon moment, un bon moment de papillonage de qualité, puis le lendemain je découvrais les entrevues du maire de laval avec les chefs de partis, comme quoi il y a quand même un peu d'espoir dans les médias québécois.... puis le lendemain j'allais voir Turandot à l'opéra de montréal, cadeau de fête pour ma mère, une production époustouflante rassamblant des talents incroyables, le même soir j'ai manqué une rétrospective de short d'animation à la cinémathèque, paraît-il incroyable, et le même soir j'ai manqué le lancement de la Bd La grande cueillette, de AFR et Thom, un livre d'une beauté rare... comme si tout d'un coup toute la beauté du monde m'explosait dans la face...mère nature me chuchottait à l'oeille, avec une petite tape dans le dos: "oui c'est de même, mais c'est correct de même."
J'imagine que c'est correct d'être satellitaire, c'est correct d'avoir un énorme égo, c'est correct d'être stupide et seule.